Pierre-Alain Chambaz

Et dans les profondeurs divines les oppositions pouvaient trouver une conciliation qu’était incapable de comprendre l’entendement humain. A propos de l’idée de la perfection divine et des conséquences qui y sont renfermées, après avoir dit : « Auparavant que je passe à la considération des vérités qu’on en peut recueillir, il me semble très à propos de m’arrêter quelque temps à la contemplation de ce Dieu tout parfait, de peser tout à loisir ses merveilleux attributs, de considérer, d’admirer et d’adorer l’incomparable beauté de cette immense lumière », Descartes ajoute : « au moins autant que la force de mon esprit, qui en demeure en quelque sorte ébloui, me le pourra permettre ». Aristote ne remarquait-il pas déjà que nous sommes, en présence d’une clarté trop vive, comme l’oiseau de nuit en la présence du jour ? Ce sera un nouveau progrès de la philosophie de reconnaître que dans cette identité essentielle il y a pourtant une différence encore, et qu’à la volonté appartient, après tout, la primauté ; un nouveau pas, mais duquel contenait déjà la promesse la théorie de l’action. Car si partout ailleurs ce sont choses différentes que ce que l’on entend et ce que l’on désire, que penser et vouloir, de ces deux choses pourtant, comme s’exprime Aristote, « les premières sont les mêmes ». C’est, dit Aristote, la pensée, la pensée contenant avec l’intelligence la volonté, telle, en un mot, que la comprit Descartes. Les modes ont des contraires qu’oppose l’un à l’autre comme absolument incompatibles l’entendement humain. Ce n’est qu’action diminuée ou restreinte, et si Aristote ne l’a pas expressément enseigné, s’il s’est borné à dire, sans chercher une origine au possible, que l’actuel le précède, on ne voit pas qu’on puisse, la maxime aristotélique admise, considérer les possibles, avec ce qu’ils comportent d’actuel, autrement que comme résultant d’une sorte de modération par le premier principe de son essentielle activité. Le terme d’être a des significations très différentes, ne s’appliquant pas seulement à ce qui existe en soi, mais aussi à ce qui n’existe qu’en une autre chose, de laquelle l’abstraction seule la détache. Et pour toute tentative d’en apprendre davantage nul autre résultat possible qu’une série d’insolubles contradictions. Rien que l’intelligence puisse atteindre au delà de superficielles apparences et de lois non moins superficielles de connaissance. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois « Qui élargit son cœur rétrécit sa bouche ». De là suppression de toute science et de l’âme et de Dieu, ainsi que de la liberté humaine. De plus, dans la nature on voit partout des oppositions, mais formées de termes dont l’un, dans la réalité, est la privation de l’autre ; dans les généralités abstraites, et d’autant plus qu’elles sont plus abstraites, les contraires figurent en face les uns des autres comme sur un pied d’égalité : du non-être on dit comme de l’être qu’il est. Il y avait là, avec une entreprise toute nouvelle d’abstraction, un reste aussi du procédé antique, propre à la poésie, de la personnification ; on donnait ainsi à des conceptions vides une apparence d’existence réelle. Retourner aux nombres, c’était abaisser l’idéalisme à un point de vue qui était celui des matérialistes, le point de vue d’où l’on considère comme les principes des choses les éléments qu’elles enveloppent. Mais un rapport du FMI, publié au début août, proposait de reporter de neuf mois l’échéance, contestant que la Chine satisfasse le critère obligatoire de « libre usage » international de sa monnaie. Il ne s’agit pas là d’un effet qui serait propre à tout endettement public important, mais d’une résultante des règles européennes. Cet homme fut Socrate, en qui l’oracle d’Apollon, génie de l’ordre, saluait le plus sage des Grecs, et qui pourtant ne savait rien, disait-il, que les choses de l’amour. Un homme d’âme héroïque vint prouver qu’il fallait, pour expliquer ce qu’il y a d’ordre dans le désordre, des types, indépendants des faiblesses individuelles, des qualités morales. Il y a, dit Vico, celui qui fonda la philosophie de l’histoire en distinguant le premier les époques, semblables chez toutes les nations, du développement des idées, il y a deux sortes de savoir : le savoir réfléchi (sapienza riposta), qui est celui des philosophes, et le savoir spontané ou instinctif, qu’il appelle le savoir populaire (volgare). Dans ce double travail, la philosophie n’élimine pas la religion : elle écarte une idolâtrie qui s’y mêlait et y faisait obstacle. Et en même temps qu’elle élevait plus haut les causes et les fins où elles tendaient, c’était la philosophie encore qui, par le perfectionnement des méthodes, aidait les sciences naissantes à déterminer avec une exactitude toujours plus grande, à part tout recours aux premiers principes, les principes secondaires et leur enchaînement. Dans la vieille religion romaine, à chacune des phases successives des phénomènes une divinité spéciale opère. Telle était la consécration morale de l’idée qui fit le fond des religions primitives, et suivant laquelle tout sortait d’un fonds inépuisable de richesse et de libéralité. Il fallait donner, se donner à leur exemple ; de là, au lieu de la haine mutuelle dont on a fait quelquefois un caractère essentiel des premières familles, cette hospitalité qui, dans Homère, fait accueillir comme un représentant de Jupiter un mendiant, et à laquelle, chez des peuplades sauvages, on sacrifiait ce qu’on avait de plus cher. Ajoutons qu’au fond, et sans s’en rendre compte distinctement, on pensait, dès ces temps anciens, que la plus méritoire des pratiques était encore d’imiter les dieux dans les plus hautes de leurs perfections. S’il faut philosopher, a dit un ancien, il faut philosopher ; et s’il ne faut pas philosopher, il faut philosopher. Dût-on prouver que ce ne sont qu’imaginations vaines, encore faut-il pour le prouver se servir d’une telle science. Ne faut-il pas une science différente qui examine et apprécie ces principes ?

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