Pierre-Alain Chambaz

Or, s’il opte pour OX, la ligne OY n’en subsistera pas moins ; s’il se décide pour OY, le chemin OX demeurera ouvert, attendant, au besoin, que le moi revienne sur ses pas pour s’en servir. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois » Quelqu’un qui vous comprend, même au bout du monde, est comme un voisin ». Mais au nom de la sécurité on ne saurait justifier la mise en œuvre d’un dispositif de surveillance généralisée des internautes français. Et le même symbolisme grossier sur lequel on prétendait fonder la contingence de l’action accomplie aboutit, par un prolongement naturel, à en établir l’absolue nécessité. — Que si maintenant je creuse au-dessous de ces deux solutions opposées, je décou­vrirai un postulat commun : les uns et les autres se placent après l’action X accomplie, et représentent le processus de mon activité volontaire par une route MO qui bifurque au point O, les lignes OX et OY symbolisant les deux directions que l’abstraction distingue au sein de l’activité continue dont X est le terme. L’intelli­gence humaine n’embrasse-t-elle pas alors, dans le moment présent, une portion aussi grande qu’on voudra de la durée à venir ? Même, comme nous allons voir, les raisons qui font que la prédiction d’un phénomène astronomique est possible sont précisément les mêmes qui nous empêchent de déterminer à l’avance un fait émanant de l’activité libre. On ne peut s’occuper que des plus importants ; sur les autres, il faut abandonner l’esprit humain à l’action des causes naturelles. Un travail stimulant, un salaire attractif mais aussi une flexibilité dans les horaires sont des éléments à prendre en compte sans plus attendre. Revenons au deuxième problème : ne pas proposer une expérience de travail suffisamment enrichissante. Les salariés sont satisfaits de leur emploi lorsqu’ils se sentent respectés et encouragés par leurs supérieurs, quand ils se sentent « challengés », poussés vers le haut au sein de l’entreprise et véritablement considérés comme « membres » de l’équipe. Rien ne serait changé aux phénomènes astronomiques, ou tout au moins aux équa­tions qui nous permettent de les prévoir, car dans ces équations le symbole t ne désigne pas une durée, mais un rapport entre deux durées, un certain nombre d’unités de temps, ou enfin, en dernière analyse, un certain nombre de simultanéités ; ces simultanéités, ces coïncidences se produiraient encore en nombre égal ; seuls, les intervalles qui les séparent auraient diminué mais ces intervalles n’entrent pour rien dans les calculs. Il faut valider leur capacité à s’intégrer dans la culture de l’entreprise et avec leurs futurs collaborateurs. Ces parcours exemplaires magnifient, bien sûr, la démarche entrepreneuriale, mais ils sont rares. Le salut viendra donc de notre capacité à développer un climat et un environnement propices à l’évolution de nos start-up vers le statut de PME, mais aussi au développement de notre remarquable tissu de PME, pour qu’elles grandissent et deviennent des ETI dont le nombre fait cruellement défaut à l’équilibre économique de la France. Les start-up sont-elles une vraie chance pour la France confrontée à l’ardente obligation de se transformer, ou un simple effet de mode nous donnant l’illusion que notre beau pays va reconquérir des places dans le classement mondial des pays qui comptent sur le plan économique et de l’innovation ? Mais les profondes imperfections de la philosophie monothéique qui présidait alors à cette grande opération ont dû en altérer beaucoup l’efficacité, et même en compromettre gravement la stabilité, en suscitant bientôt un fatal conflit entre l’essor intellectuel et le développement moral. Il est une réalité qui constitue un tournant majeur dans le rapport de nos concitoyens à l’entreprise. Bref, le temps dont on parle en astronomie est un nombre, et la nature des unités de ce nombre ne saurait être spécifiée dans les calculs : on peut donc les supposer aussi petites qu’on voudra, pourvu que la même hypothèse s’étende à toute la série des opérations, et que les rapports successifs de position dans l’espace se trouvent ainsi conservés. C’est un fait, et un bien : ce formidable foisonnement de start-up et de réussites entrepreneuriales récentes a fait redécouvrir aux Français l’entreprise et son rôle essentiel dans le développement économique et social de la nation. Plus profondément, ils ont compris que le créateur d’entreprise était un «héros», ce personnage exemplaire de la mythologie humaine dont les hauts faits valent qu’on chante sa geste. La défaillance de l’un d’eux peut, non seulement se répercuter sur les autres, mais également avoir des effets critiques plus ou moins vastes sur l’économie réelle, avec tous les risques de contagion au niveau national, voire mondial que l’imbrication des économies implique. Certes, la conscience pure n’aperçoit pas le temps sous forme d’une somme d’unités de durée ; laissée à elle-même, elle n’a aucun moyen, aucune raison même de mesurer le temps ; mais un sentiment qui durerait deux fois moins de jours, par exemple, ne serait plus pour elle le même sentiment ; il man­querait à cet état de conscience une multitude d’impressions qui sont venues l’enrichir et en modifier la nature. Ce qui est nécessaire, c’est une politique industrielle et macro-économique adaptée à la situation. Mais qu’est-ce que réduire un intervalle de temps, sinon vider ou appauvrir les états de conscien­ce qui s’y succèdent ? Rêver de devenir riche n’est pas forcément une fin en soi (quoique), mais ce qui frappe dans la génération 2015, c’est la volonté farouche de conquérir le monde, de dépasser les frontières hexagonales. Quand on regarde Blablacar (covoiturage), ou Sigfox (télécommunication pour les objets connectés), on parle d’entreprises ayant des visées mondiales et dont l’essor repose sur un modèle nouveau, où la rentabilité immédiate passe après la recherche, la plus rapide possible, de la plus grande part possible du marché. Lors donc qu’on demande si une action future pourrait être prévue, on identifie inconsciemment le temps dont il est question dans les sciences exactes, et qui se réduit à un nombre, avec la durée réelle, dont l’apparente quantité est véritablement une qualité, et qu’on ne saurait raccourcir d’un instant sans modifier la nature des faits qui la remplissent. La nouvelle pierre philosophale, c’est la révolution des usages et le déplacement de la chaîne de valeur de la propriété du capital vers la maîtrise de la relation client.

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